Japon : du client roi au client tyran
le 1/11/2007 à 15h28 par Jean-Paul Porret (Aujourd'hui le Japon)
L’hebdomadaire Aera vient de publier un état des lieux de la clientèle des combini, les superettes japonaises. Eléments essentiels de la vie quotidienne de l’archipel, les combini sont en première ligne pour assister aux changements sociaux au Japon. Un nombre croissant de clients s’en servent de défouloir.
Les combini font partie intégrante de la vie nipponne. Ils sont littéralement à tous les coins de rue. Ils sont ouverts 24h/24 et on y trouve de tout. Cependant, dans certain cas, cette intégration est un peu trop parfaite, les clients se comportent dans les combini véritablement comme chez eux !
Les actes de violences dans les superettes sont en pleine augmentation. Récemment, un employé a été tué alors qu'il poursuivait deux voleurs.
Cette affaire qui a fait grand bruit au Japon lève le voile sur le côté sombre de la vie dans les combini.
L'association des franchisés du Japon a mené une enquête auprès de 41 000 magasins dans tout le pays. Il en ressort, qu'en 2006, les gérants de combini ont dû appeler la police près de 49 000 fois.
Ce sont les vols à l'étalage qui constituent le gros des infractions. Avec 13 000 cas, ils sont loin devant les « squattages » (7 500 cas) et les stationnements illégaux (5 400 cas). Enfin, les dégradations et les incivilités ont quant à elles totalisé 4 100 appels.
Mais au delà des cas de recours aux forces de l'ordre, les gérants de superette ont avoué avoir eu à faire à des voleurs trois fois plus que ce qu'ils avaient réellement déclaré. Soit 45 000 cas. Toujours d'après l'association, si les trois-quarts des infractions sont passées sous silence, c'est la faute à la trop bonne intégration des combini dans les quartiers.
En effet, nombre de gérants préfèrent fermer les yeux sur quelques chapardages plutôt que de risque de se mettre à dos l'ensemble de la communauté.
D'ailleurs, les habitants l'ont bien compris et certains en profitent.
Dans son article, Aera dresse un petit catalogue des incivilités au quotidien. Il y a par exemple cette femme qui apporte régulièrement ses ordures ménagères dans les poubelles de la superette. Et quand les employés lui font la remarque, elle leur répond que s'ils ne veulent pas qu'elle jette ses ordures, ils n'ont qu'à pas mettre de poubelle. CQFD !
Il y a aussi ces collégiens qui se comportent dans les magasins comme dans la cuisine de leur appartement. Ils ouvrent les paquets de biscuits, en mangent quelques-uns et remettent le paquet en rayon ! Les jeunes femmes ne sont pas en reste puisque certaines d'entre elles utilisent les produits de beauté pour parfaire leur maquillage quand bien même il ne s'agît pas de testeurs !
Une autre arme pour tous ces chapardeurs, c'est le franchiseur. Un nombre croisant de clients, à la moindre insatisfaction, menacent le gérant d'en référer directement à la maison mère. Au risque pour lui de perdre sa franchise.
D'après l'article d'Aera, ces comportements ne sont que les reflets de la société japonaise. Beaucoup volent par jeux ou se servent du combini comme d'un exutoire à leur stress quotidien ou à leurs frustrations. Dans certains magasins, réputés pour la jeunesse et la beauté des leurs vendeuses, il n'est pas rare de voir de faux clients appareil photo à la main attendre pour photographier les dessous des demoiselles...
Mais plus inquiétant encore, c'est le fait qu'un nombre croissant de personnes se servent du combini comme d'un refuge. Un mari violent, une agression, un accident et on se rue au combini. Ce sont ainsi plus de 4 000 appels à la police pour assistance à personnes à danger que les combini ont dû passer l'an dernier !